Avec cette édition 2021 du festival Atlantide, nous convions l’Afrique à Nantes, la capitale française de l’optimisme et de l’imaginaire, à une période où l’échange des cultures et la nécessité de rencontrer l’Autre sont plus que jamais salutaires. L’Afrique ne se résume pas uniquement dans son acception continentale : elle s’étend à travers le monde, créant par exemple en France ce territoire imaginaire dénommé par les théoriciens et critiques littéraires « Afrique-sur-Seine ».

Nous retrouvons cet espace dans les dernières fictions d’Asya Djoulaït ou de Nimrod. Chez Louis-Philippe Dalembert et Roukiata Ouedraogo, le « rêve » de gagner l’Europe entraîne des conséquences inéluctables, notamment lorsqu’il s’agit de « traverser la mer ».


Yaya Diomandé écrit depuis l’Afrique et publie en France, Charline Effah et Sami Tchak écrivent, publient en France, parlent de l’Afrique : les lettres africaines sont-elles apatrides ?


Maboula Soumahoro et A. Igoni Barrett œuvrent pour un débat sur la « décolonisation » de la culture, loin de la polémique sur la couleur de peau des traducteurs et traductrices des œuvres « négro-africaines » après l’apparition sur le plan international de la poétesse afro-américaine Amanda Gorman qui préférerait que ses œuvres soient traduites par des individus de sa propre couleur et de son genre. C’est au contraire l’opportunité de laisser la parole à la Poésie de Marie-Christine Gordien et de Souleymane Diamanka, d’ouvrir le champ à la tragi-comédie d’un continent-univers en pleine éruption comme chez Fiston Mwanza-Mujila, Florent Couao-Zotti ou Abdourahman A. Waberi.


Si les traditions, les mœurs et la place de la femme dans les sociétés africaines marquent les récits de Géraldine Faladé, Unity Dow ou Djaïli Amadou Amal, redéfinir l’Afrique par son métissage de cultures est une tendance que l’on note chez Fatima Daas ou Eva Doumbia. L’Afrique est alors une histoire personnelle qui croise celle du continent. Les textes de Mohammed Aïssaoui, Sindiwe Magona et de Faïza Guène nous le rappellent au même titre que ceux de Jennifer Nansubuga Makumbi et de Noo Saro-Wiwa qui entament un inventaire des mythologies modernes, non loin de la dure réalité que sont les extrémismes, les révolutions, les turbulences politiques évoqués par Hemley Boum, Oyinkan Braithwaite, Nadia Khiari et Ousmane Diarra.


Un vaste programme pour une Afrique qui se réécrit dans l’urgence du dialogue et que nous sommes fiers de vous présenter tout en vous souhaitant de belles et riches rencontres !

Alain Mabanckou
Directeur artistique du festival