La littérature n’a jamais été aussi proche de nos questionnements, et le plus souvent elle emprunte à la pensée la nécessité de déconstruire le passé, de scruter le présent et de nous proposer une vision du futur. Les deux guerres mondiales par exemple illustrent encore à quel point le roman et l’Histoire se croisent, on le constate dans Frère d’âme de David Diop, dans Chien-Loup de Serge Joncour, ou dans Capitaine d’Adrien Bosc.

Si la 7e édition du festival Atlantide évoque l’histoire coloniale, avec Pascal Blanchard et Dominic Thomas, auteurs de Sexe, race & colonies, elle s’interroge aussi sur la complexité de notre identité confrontée aux migrations, qu’elles aient pour origines la Guadeloupe avec Estelle-Sarah Bulle, l’Inde avec Shumona Sinha, le Cameroun avec Max Lobe, ou bien l’Espagne avec Pierre Assouline. L’identité est une quête perpétuelle – celle que l’on retrouve dans En quête d’Afrique(s), de Souleymane Bachir Diagne et Jean-Loup Amselle, ou dans Philosophies africaines de Sévérine Kodjo-Grandvaux.

Les turbulences de notre époque rythment notre actualité, et les écrivains en sont les témoins : Yasmina Khadra, In Koli Jean Bofane, Samar Yazbek et Carsten Jensen évoquent respectivement le terrorisme, la précarité de la vie des migrants, les guerres en Syrie et en Afghanistan. La question de l’engagement de l’écrivain remonte alors à la surface, et c’est un engagement sociopolitique, comme chez Lola Shoneyin, José Eduardo Agualusa, Joséphine Bacon et Natasha Kanapé Fontaine.

De Kinshasa à Bruxelles, en passant par Lagos, Lubok Sayong, les villes deviennent les personnages de fiction sous la fulgurance créatrice de Grażyna Plebanek, Sefi Atta, Taiye Selasi et Shih-Li Kow.

Pour leur part, Christine Angot, Chantal Thomas et Vincent Almendros nous disent combien les frontières de la fiction et de la réalité sont fragiles, voire microscopiques. Que l’écrivain s’empare du « je » ou du « nous », le roman restera toutefois le lieu de l’enchantement, de la bonification de notre humanisme ainsi que nous l’exhortent Mikhaïl Tarkovski, Valérie Zenatti, Zoé Valdés, Wu Ming-yi, Miquel de Palol, Víctor del Árbol et Aram Kebabdjian, avec une attention particulière des poètes Paul Wamo, Pierre Vinclair et Joséphine Bacon.

Nous poursuivons notre quête de voix originales en lisant « l’univers dans une tasse de café », pour reprendre la formule de la leçon inaugurale de Dany Laferrière qui prolonge notre ambition : faire de Nantes la capitale française de l’optimisme culturel et de l’imaginaire-monde.

Alain Mabanckou
Directeur artistique