C’est avec un sentiment d’humilité que j’ai accepté de succéder désormais à Alberto Manguel qui a assuré depuis 2013 la Direction artistique du festival Atlantide, Les Mots du Monde à Nantes et qui a été appelé à la tête de la Bibliothèque Nationale d’Argentine. L’écrivain argentin – un des auteurs majeurs de notre temps –, avait donné à ce rendez-vous annuel une impulsion que nous devons à présent solidifier dans le dessein de décloisonner les frontières et de toujours faire entendre la musique de l’imaginaire dans toute sa diversité.

Nantes est la première cité française que j’ai découverte en arrivant en Europe à la fin des années 1980, et c’est dans cette ville que j’ai fait ma première année d’études en Droit. Je reviens avec joie au bercail et je considère ce festival comme un moyen de contrer sans relâche les idéologies de ceux qui prêchent l’impossibilité de la courtoisie de l’échange. C’est aussi une occasion de rappeler plus que jamais l’urgence d’un monde à échafauder ensemble, au présent, avec pour principaux matériaux la rencontre et la connaissance de l’Autre. Certains nous disent que nous sommes au coeur du « choc des civilisations », nous leur répondons que nous sommes plutôt prisonniers de la vulgarisation dangereuse des préjugés les plus farfelus qui ont d’ordinaire pour cibles notre humanisme et notre capacité à ouvrir les portes à la tolérance pour une totale liberté d’expression.

Migrations, extrémisme, violences, dictatures, turbulences postcoloniales, racisme, sont autant d’épineuses questions qui minent de plus en plus nos sociétés, et les réponses à apporter nécessitent forcément un dialogue permanent. Le festival Atlantide, Les Mots du Monde à Nantes est cette case à palabres où tout se discute, avec un regard plus vaste, loin du prisme hexagonal qui nous a pendant longtemps éloignés de la rumeur du monde. C’est dans cet esprit que j’invite cette année aux côtés des auteurs français, des écrivains internationaux originaires d’Allemagne, du Cameroun, de la Colombie, des îles Comores, du Congo, de la Côte d’Ivoire, du Danemark, des États-Unis d’Amérique, de la Finlande, du Ghana, d’Haïti, d’Iran, d’Israël, du Nigéria, du Royaume-Uni, du Québec, du Sénégal, du Venezuela et du Zimbabwe.

Dialogue nécessaire entre les nationalités et les cultures ? Oui, parce que la langue ne doit plus être un obstacle, mais plutôt un moyen de nous rapprocher car « Rome n’est plus dans Rome », et l’écrivain demeure cet oiseau migrateur qui, même s’il se souvient de sa terre lointaine, entreprend aussi de chanter depuis la branche sur laquelle il est perché, quel que soit le lieu où l’arbre est enraciné. Le monde est notre maison…

Bon festival à toutes et à tous !

Alain Mabanckou
Directeur artistique